« Ce disque a un père et une mère », se plaît à préciser son producteur Javier Limón. En l’occurrence le doyen du piano cubain Bebo Valdés, qui présenta Buika à son fils Chucho, et la diva du bolero mexicain Chavela Vargas, qui prête son répertoire au tandem fruit de cette rencontre.
Ce disque a également un parrain, Pedro Almodóvar, enfant terrible du cinéma espagnol à l’origine de ce projet d’hommage pour fêter les 90 printemps de Vargas, interprète sulfureuse dont il est un fan inconditionnel (souvenez-vous la B.O. des film Kika et La fleur de mon secret). Un joli scénario pour un casting de rêve, dont le mérite revient au Saint-Esprit Limón, déjà responsable de la réussite du duo Bebo y Cigala, précédent notoire au registre d’un métissage ibero-cubain dont cette nouvelle création hérite naturellement. Enregistrées en quelques heures, dans les conditions d’un live à La Havane au printemps dernier, ces versions de classiques du répertoire sentimental latino-américain font le juste choix de ne pas copier les originaux.
Réarrangées façon latin-jazz par Chucho Valdés, les chansons de « La Vargas » s’y retrouvent habitées de rythmes de danzón, de rumba ou de son. Et le bolero, né à Cuba et grandi au Mexique, de poursuivre ses allers-retours sous les doigts de fée de ce géant du clavier, accompagné de son impeccable quartet. Quant à la nouvelle star de la chanson hispanique Concha Buika, dont le dernier album laissait déjà entendre sa filiation revendiquée avec Chavela Vargas, elle se prête à un exercice d’humilité pour le moins surprenant et bienvenu. Evitant l’abus de mélismes d’inspiration flamenca, la Mallorquine joue de son timbre écorché avec le grain de folie qui sied à ces textes trempés dans les larmes et le sang. Intronisée par Vargas en personne comme sa « fille noire », la jeune chanteuse a ainsi trouvé son écrin naturel dans une musique cubaine dont elle partage les origines africaines.